LAE.
Trouver son langage.
J'ai longtemps cherché ma manière de raconter. Formée aux arts plastiques, je pratique depuis une vingtaine d'années et j'ai exploré au fil du temps de nombreuses techniques.
Il y a six ans, la découverte de l'illustration digitale a marqué un tournant. Elle m'a permis de construire peu à peu un univers qui m'était propre.
Lorsque mes illustrations ont été exposées aux 111 des Arts, j'ai découvert à travers le regard des visiteurs que cet univers était reconnaissable. J'ai alors eu envie de le faire sortir de l'écran, de le redéployer en peinture, parfois en dessin.

J'ai fini par comprendre que la technique importait moins que ce que j'avais envie de raconter.
Tout commence par quelque chose
de réel.
Une posture. Une pièce. Un paysage.
Je commence généralement par construire une scène parfaitement plausible.
Je cherche, je documente, je rassemble des images, je dessine. Le personnage, les objets, le décor prennent leur place.
Puis je cherche le grain de sable.
Celui qui fera légèrement déraper la scène.
une femme qui tricote
sur un canapé.
commence à déraper.
Mes personnages
ne sont pas toujours
très sages.
J'aime l'ennui, la défiance, les pas de côté. Mes personnages regardent souvent celui qui les observe droit dans les yeux. Comme s'ils savaient parfaitement que quelque chose ne tourne pas rond dans la scène — et qu'ils attendaient de voir ce que nous allons en faire.
Parfois le décalage devient jeu : un yogi perturbé par un animal, une posture empruntée à un imaginaire collectif, une paire de chaussures qui suffit presque à inventer toute une vie.
Je donne quelques indices.
Je préfère que le spectateur termine l'histoire.
Quelques compagnons
de route.
Norman Rockwell, pour l'art de raconter une histoire en une image.
Yusuke Nakamura et Taiyo Matsumoto, pour d'autres manières de faire dialoguer dessin et imaginaire.
François Bard et Christoff Debuschere, pour la peinture.
David Hockney, surtout, pour sa liberté.
Et quelque part derrière tout cela, les mondes d'Haruki Murakami, où le réel peut rester parfaitement ordinaire au moment même où il commence à se fissurer.